Moyen Âge


Le Moyen Âge est l’époque de l’histoire occidentale située entre l’Antiquité et les Temps Modernes, soit entre 476 (chute de l'Empire romain d'Occident) et 1453 (chute de l'Empire byzantin) après Jésus-Christ, du [[VIe siècle|]] au . Il s’étend sur une période de mille ans que les historiens ont divisé en plusieurs parties.

Définition

Les dates de début et fin du Moyen Âge ainsi que le découpage en différentes périodes sont discutées.

Traditionnellement, on fait commencer le Moyen Âge à la déposition du dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule (* vers 460 – † après 511) par Odoacre en 476. Cependant, beaucoup d'historiens contemporains font perdurer l'Antiquité au-delà de cette date [1]. Certains retiennent la mort de Clovis Ier le 27 novembre 511 comme date conventionnelle de la fin de l'Antiquité. D'autres font débuter le Moyen Âge avec la mort de Sainte Geneviève le 3 janvier 512. En France, on estime traditionnellement que la fin de l'Antiquité (et par conséquence le début du Moyen Âge) coïncide avec le baptême de Clovis, le 25 décembre 498 (date elle-même discutée). Quoi qu'il en soit, un événement unique ne peut jouer qu'un rôle symbolique dans un changement d'époque, qui en fait est un processus.

La fin du Moyen Âge est généralement située vers 1500 ; plusieurs dates symboliques ont été proposées par les historiens :

Plus généralement, les grandes découvertes marquent le début de ce qu'on peut déjà appeler la mondialisation (accroissement des échanges entre différents pays distants, permis par de nouvelles inventions et découvertes). Les limites exactes du Moyen Âge font encore l'objet de débats entre historiens.

Le terme « Moyen Âge » fut inventé par Flavio Biondo de Forlì. En français, l'adjectif correspondant à « Moyen Âge » est « médiéval ». « Moyenâgeux », quant à lui, est péjoratif, ou du moins vieilli (« une ambiance médiévale », « une ambiance moyenâgeuse »). L'histoire du Moyen Âge, en tant que discipline, se nomme aussi « Histoire médiévale ». Un historien qui étudie le Moyen Âge est appelé « médiéviste ».

Cependant, l'expression « Moyen Âge » ne veut rien dire en tant que telle. Elle vient de l'expression latine medium aevum qui signifie « âge intermédiaire » ou « âge moyen » d'un homme. Ainsi, « moyen âge » représente un âge intermédiaire entre différentes époques, différents courants artistiques. Keller, philologue allemand mieux connu sous le nom latinisé de Cellarius, a repris l'expression de « Moyen Âge » pour sa chronologie de l'histoire afin de marquer l'époque s'écoulant du au s.

Le Moyen Âge a longtemps été défini par opposition à la Renaissance qui l'aurait suivi. L'historiographie contemporaine a plutôt tendance à considérer la Renaissance comme une période de transition entre époque médiévale et époque moderne, aux limites chronologiques assez floues (grosso modo de 1420 à 1630). On peut donc parler à bon droit d'une période médiévale de la Renaissance.

Principales caractéristiques de l'Occident médiéval

Définition de l'Occident

Le mot "occident" désigne à la fois un territoire et une civilisation au Moyen Âge. Le territoire de l'Occident couvre l'ouest de l'Europe (le terme Europe est très peu employé avant la Renaissance), sans recouper exactement les limites de l'empire romain d'occident.

Les limites orientales de cet ensemble sont floues et mouvantes au cours de la période. En tant que civilisation, l'Occident est le domaine du christianisme romain, dont la langue est le latin. Il s'oppose aux territoires des païens, des musulmans.

À partir du haut Moyen Age et surtout après le Grand Schisme d'Orient (1054), l'occident chrétien et l'empire byzantin se séparent, pour des raisons qui sont bien davantage politiques que théologiques. Cette séparation donne deux branches du christianisme, catholicisme et orthodoxie. Cette dichotomie culturelle correspond aux deux anciennes moitiés de l'empire romain issues du partage de 395 : l'orient (culture grecque), et l'occident (culture latine). La rupture avec Byzance est consommée en 1204, lorsque Constantinople est prise par les croisés de la IVe croisade. Cet épisode laissera des blessures profondes.

Le primat unificateur de la culture ne doit pas faire oublier les divisions politiques et linguistiques qui émergent dès l'époque carolingienne. L'apparition des langues vulgaires et plus tard du protestantisme remet en question la prétendue unité occidentale. L'Occident chrétien est donc au Moyen Âge synonyme de Chrétienté latine et s'étend de façon remarquable grâce à l'action des missionnaires et des croisés, avant de conquérir des mondes nouveaux, avec les grandes découvertes du .

Le système social constitue une pyramide, au pied de laquelle se trouvent les paysans qui représentent 90% de la population et au sommet le roi. On distingue deux branches: la féodalité et le clergé. Sur ces branches, le prince et l'évêque sont au même rang. Dessous se trouvent les nobles, la petite noblesse et les propriétaires terriens.

Religion chrétienne

Le christianisme est au cœur de l'histoire médiévale : il modèle la pensée de la période, principalement en raison de son universalisme et à cause de la montée en puissance de l'Église catholique organisée autour de la papauté de Rome. Les frontières de l'occident médiéval qui échappe à toute unité politique, se confondent aussi avec celles de la chrétienté.

Organisation de l'Église

Devenu religion d'État dans l'Empire romain pendant l'Antiquité tardive (à partir de l'édit de Milan, en 313, qui accorde aux chrétiens la liberté de culte), le christianisme, en effet, se diffuse au haut Moyen Âge à partir de plusieurs foyers : l'Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome.

La dilatation de la chrétienté s'accompagne de la mise en place de la hiérarchie ecclésiastique — lÉglise en venant à désigner cette dernière — et la papauté, qui se hisse à la tête de celle-ci, devient un des principaux pouvoirs en occident : l'évêque de Rome, dont l'autorité spirituelle s'appuie sur la primauté du siège de l'apôtre Pierre, devient le souverain pontife.

Cette évolution est lente (V – ) et se heurte à de nombreux obstacles :

Bientôt, le christianisme romain doit s'imposer face à Byzance, notamment pendant la crise iconoclaste ( 726 – 843). Au , la rupture avec le christianisme oriental est consommée, mettant fin au problème.

Presque aussi importante est la question de l'adoption d'une liturgie unique : les Églises nationales possèdent leurs propres traditions qui ne se fondent que progressivement : la liturgie irlandaise, qui fixe la fête de Pâques à une date différente, l'emporte dans les îles britanniques jusqu'au synode de Whitby (664). En développant la mission chrétienne (à partir de 610) et en tissant des relations privilégiées avec les souverains « barbares » (notamment, en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et sur l'expansion des Francs en Germanie), Rome parvient partout à unifier les traditions de l'Église et dans le même temps, à affirmer son rôle à la tête de celle-ci, sauf chez les Slaves qui demeurent dans la sphère d'influence byzantine.

Christianisation de l'Europe

L'essor de l'Église ne peut être dissocié de l'effort de christianisation de la société et des consciences : cette dernière demeure un combat constant durant tout le Moyen Âge.

Selon les conceptions chrétiennes, conformément au modèle des apôtres dans les évangiles, l'Église conçue comme l'assemblée des fidèles unis dans la foi doit se répandre « jusqu'aux confins de la terre ». Pour cela, elle peut s'appuyer sur le soutien de ses membres influents — comme en Germanie, où elle accompagne le conquérant franc — mais surtout, elle doit reposer sur un acte d'adhésion volontaire et, en cela, elle ne peut compter que sur les effets de la prédication : cet état de fait est à l'origine du double visage de l'expansion chrétienne au Moyen Âge : à la fois pacifique et d'ordre spirituel, mais aussi marquée par la guerre et par la violence.

À cette fin, l'Église se heurte également à des résistances à l'intérieur même de la chrétienté, où le clergé séculier est à la tête de l'encadrement des fidèles, surtout dans les campagnes : symptomatique, le mot « païen » — paganus, celui qui habite la campagne — désigne celui qui pratique l'ancienne religion polythéiste avant de désigner tout ce qui n'est pas chrétien. Le respect de la morale chrétienne, en particulier, fait l'objet d'injonctions des conciles, des synodes mérovingiens, puis carolingiens. Ces derniers ne cessent de rappeler les interdits, notamment l'esclavage, de condamner les coutumes païennes et de tenter de limiter la violence privée.

Ces dernières se développent sporadiquement (autour de l'an Mil) et, très rarement, s'installent durablement comme en Languedoc, avec le Catharisme ou en Bohême, avec Jean Hus (1369 – 1415), etc. À partir du , la papauté peut s'appuyer pour cette tâche sur les ordres mendiants, franciscains et surtout, dominicains.

Mais la tentation du recours à la force est grande et la violence caractérise souvent, en dernier recours, le combat pour l'unité de l'Église, qu'implique sa première définition : elle marque la « christianisation » forcée de la Saxe par Charlemagne (seconde moitié du ), donne lieu à la croisade des Albigeois, à la naissance du tribunal de l'Inquisition sous le pape Grégoire IX (1227 – 1241), aux guerres hussites, etc.

Manifestations de la foi chrétienne

Les fidèles manifestent leur foi de façon ostensible et la religion est omniprésente : des milliers de personnes répondent aux appels à la croisade ou se lancent sur les chemins de pèlerinage. Des sommes considérables sont engagées pour ériger des églises par dizaines. On vient toucher les reliques et on les sort pendant les processions. La frontière entre le sacré et le profane est toujours ténue : la peur de l'enfer et du diable motive bien des comportements. Le Moyen Âge est aussi l'époque de l'épanouissement de la mystique chrétienne.

Importance économique, sociale et culturelle de l'Église médiévale

À travers la renaissance carolingienne, portée par Alcuin, la réforme clunisienne, la réforme grégorienne, puis avec la création des ordres mendiants et l'essor des Universités, au , les renouveaux culturels et spirituels émanent des gens de religion.

L'art roman qui se diffuse avec Cluny et l'art gothique, qui naît à Saint-Denis avant de gagner l'Europe entière sont des arts religieux. Il faut en fait attendre la fin du Moyen Âge ( – ) pour qu'une culture profane se développe à nouveau en France, dans l'entourage royal des légistes et en raison des démêlés du roi avec la papauté.

Enfin, en toute logique dans ce contexte, les textes à partir desquels se forme l'idéologie — en particulier de la société et du pouvoir — au Moyen Âge sont les sources chrétiennes : l'Ancien Testament donne son cadre à la royauté médiévale (Charlemagne est comparé au roi David), les œuvres des Pères de l'Église (notamment, saint Jérôme et, surtout, saint Augustin avec La cité de Dieu) encadrent les rapports sociaux et enfin, le Nouveau Testament, dont les Évangiles fournissent à la fois l'exemple de vie apostolique qui anime les ordres mendiants et le terreau de l'humanisme à travers l'Incarnation, se trouve à l'origine du renouveau idéologique qui marque la fin de la période. Aussi, dans une large mesure, la religion chrétienne inspire et modèle la société médiévale en lui fournissant à la fois sa hiérarchie (au sommet de laquelle se trouve le roi, intermédiaire avec le Christ qui règne sur la hiérarchie céleste) et la première de ses institutions : l'Église, qui supplée à la disparition de l'État.

Royauté médiévale

L'Occident médiéval est gouverné par des souverains, mais qui n'ont pas tous les pouvoirs. La royauté est contractuelle et non absolue. La monarchie est le régime politique le plus répandu en Europe, même si certaines républiques apparaissent (République de Venise). Le roi doit tenir compte d'autres acteurs politiques telles que les princes, les seigneurs et l'Église. Au Moyen Âge classique, mais plus sûrement à la fin du Moyen Âge, les rois d'Europe occidentale (Angleterre, France, Espagne) tentent d'unifier leurs états en s'appuyant sur la féodalité et la légitimité définie par les juristes : les historiens parlent de monarchies féodales et de l'émergence des états nationaux.

À l'époque de la disparition du dernier empereur d'Occident (), les rois barbares ont implanté une nouvelle forme de pouvoir, jetant les bases de la royauté médiévale. Si l'élection reste en vigueur de manière théorique, le pouvoir royal se transmet dans les faits au sein d'une même famille d'ascendance noble ou sainte qui forme une dynastie. Le roi du Moyen Âge prend sous sa protection son peuple : pendant le haut Moyen Âge et encore au Moyen Âge classique, les sources écrites évoquent le roi des Francs (rex francorum), par exemple.

Quelques-uns de ces rois sont sacrés (le roi des Wisigoths, le roi d'Angleterre, le roi des Francs à partir de 752), ce qui les place au-dessus des autres seigneurs ; tous sont couronnés et portent des insignes (regalia) symbolisant leur autorité et leur mission. Et surtout, le souverain médiéval gouverne en étroite collaboration avec le clergé chrétien. Dans les états pontificaux, le pape renforce sa puissance et devient un véritable monarque au ; il lui arrive même de s'opposer violemment aux empereurs (Querelle des Investitures avec l'empereur germanique) et d'utiliser l'arme de l'excommunication.

Enfin, l'empereur est un souverain particulier : il entend exercer un pouvoir universel, du moins en théorie, et protéger l'Église. Il se réclame de l'héritage romain (Charlemagne, Otton Ier) et se trouve le seul à recevoir sa couronne des mains du pape..

Vassalité

La vassalité existait déjà pendant le haut Moyen Âge. Le système évolue en relations féodo-vassaliques au cours du .

La cérémonie suit des règles très précises. Le vassal avance devant son futur seigneur la tête nue en signe de respect. Il s'agenouille, devant lui, pour lui exprimer son humilité, les mains jointes. Le seigneur les prend entre les siennes et le relève.

Le jeune vassal reçoit un fief (le plus souvent une terre qui appartient au seigneur ou un droit de prélever des taxes sur un pont par exemple) et, en échange, il jure sur les saintes écritures, ou sur une relique, sa fidélité au seigneur.

Féodalité

La période de la féodalité couvre du IX au XIII siècle. C'est une organisation hiérarchique de la noblesse liant les membres entre eux. Le régime féodal est fait pour se protéger des envahisseurs, des guerres. Chaque seigneur s'engageait envers un seigneur plus puissant: il devenait son vassal. Le pouvoir d'un seigneur se mesurait au nombre de ses vassaux. Chaque vassal, en échange de leur loyauté, recevait un fief, un territoire. Tous les seigneurs sont des vassaux mais tous les vassaux ne sont pas des seigneurs.

Civilisation médiévale

Essor urbain

Éducation et la culture

Pendant le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central

Pendant le bas Moyen Âge (à partir du XIIe siècle)

Art

L'art médiéval est essentiellement un art religieux : en architecture, aux églises romanes de la période rurale, succèdent, dans la phase d'essor urbain, les grands chantiers des cathédrales gothiques. Les sculptures sont déjà présentes dans la période dite romane, avec des thèmes souvent inspirés de l'Ancien Testament. Les thèmes se diversifient, et la statuaire devient un art à part entière dans la période dite gothique (cathédrale de Reims). Le vitrail apparaît dans les cathédrales gothiques.

a) L’art roman : Production artistique de l'Occident s'étendant depuis la fin du Xe siècle jusqu'à la seconde moitié du XIIe siècle, l'art roman s'est développé principalement en Occident après la dissolution de l'Empire carolingien. L'art roman est un assemblage d'idées nouvelles, toujours sur un même thème: la société de l'époque étant profondément religieuse, il est certain que la religion va transparaître à travers l'art. On sent toutefois une influence directe de l'art carolingien, qui a précédé la période romane, que ce soit par l'édification des bâtiments ou par l'ornementation des manuscrits. Du côté de la peinture ornementale, cette forme d'art est tellement importante qu'on ouvre des écoles pour former les peintres. L'art roman s'est propagé à toute l'Europe en quelques décennies et se base généralement sur les courants précédents mais en étant toutefois dominé par les croyances religieuses de l'époque...

b) L’art gothique : La peinture gothique existe sous forme de miniatures et de retables, tableaux religieux sur bois de plusieurs pièces, qui viennent pallier l'absence de fresques sur les pierres nues des cathédrales. La Vierge et le Christ jouent un rôle important dans ces retables. Dans les livres, c'est la vie des nobles qui est présente (chasse, vie courtoise, banquets...). La couleur, la lumière et la perspective sont caractéristiques. Les visages sont délicats, les corps allongés, les extrémités petites, les doigts longs et fins. Les femmes sont représentées avec une taille haute et fine, mais un ventre rond. En effet, il est à la mode de porter un coussin sur l'abdomen.

Redécouverte d'auteurs antiques

L'invasion de l'Espagne par les Musulmans au VIII ème siècle provoque l'effondrement du très cultivé royaume Wisigoth. Havre de paix dans l'Occident depuis la fin du VIe siècle, l'Espagne est le conservatoire de la culture antique ; la bibliothèque sévillane en est alors le centre le plus brillant sous l'impulsion de Léandre puis Isidore de Séville. La priorité est accordée aux grands écrivains chrétiens du IVe au VIe siècle, en particulier Augustin (354-430), Cassiodore (485-580), Grégoire le Grand (540- pape 590-604) mais aussi aux pères latins plus anciens : Tertullien (155-222), Cyprien de Carthage (200-258), Hilaire de Poitiers (315-367), Ambroise (340-397). L'effondrement de leur royaume explique largement l'afflux de grands esprits Wisigoths comme Théodulf d'Orléans ou Benoît d'Aniane à la cour de Pépin le Bref ou de Charlemagne. De la même manière les invasions Vikings font venir des érudits Irlandais et Northombriens. La création d'un nouvel empire romain (en remplacement du royaume romain Wisigoth) et la renaissance carolingienne découlent logiquement de cet afflux de connaissances vers le seul espace de stabilité dans un occident secoué par les grandes invasions. Sous le règne de Charlemagne, poussée par le développement intense du monachisme (voir: Benoît d'Aniane) et l'adoption d'une écriture unique et facile à déchiffrer (la caroline) la culture se répand en occident.

Cette renaissance ne perdurera que le temps de l'empire carolingien qui se dissoudra en de multiples principautées féodales. Mais à partir du milieu du Xème siècle, de grands états se structurent en Europe soutenus par de puissants ordres religieux (en particulier l'ordre de Cluny). Les anciens états de la marche espagnole en contact direct du monde musulman, accueillent de nombreux juifs et mozarabes andalous fuyant les persécutions d'Al-Mansur. Les monastères dont les bibliothèques conservaient déjà le savoir du royaume wisigoth, s'enrichissent encore. Les réseaux monastiques qui relient toute l'Europe sur les chemins de saint Jacques de Compostelle vont diffuser ce savoir. C'est surtout par l'Espagne que la culture arabe pénètre en Occident et essentiellement par la Catalogne[2].

Contrairement à une idée souvent répandue, on lit beaucoup d'auteurs antiques au Moyen Âge. Cela se passe dans les scriptoria des monastères, qui reproduisent les livres des auteurs latins en écriture caroline, sur des manuscrits enluminés, puis dans les écoles urbaines (à partir du ) et les universités (à partir du ).

D'après les manuscrits dont on connaît aujourd'hui l'existence - ce qui ne préjuge pas de celle d'autres ouvrages - on peut affirmer qu'à l'époque carolingienne, on connaît Platon. À l'époque ottono-clunisienne (920-1000), on trouve l' Art d'aimer d'Ovide, l' Aratea de Cicéron , Tite-Live, Salluste, Térence, Plaute, Catulle. On assiste à un renouveau des études sur Aristote (Abbon de Fleury,...). Gerbert d'Aurillac (Sylvestre II, pape de l'an mil) avait une culture exceptionnelle, et connaissait notamment Stace, Juvénal, Perse, Ovide, Salluste, César, Sénèque, Pline l'Ancien, Cicéron, saint Augustin et a largement contribué à réintroduire les mathématiques en occident.

De 1060 à 1200, le mouvement se poursuit, avec la présence d'œuvres de Cicéron (œuvres philosophiques et morales), Suétone, Sénèque, mais aussi des poètes Virgile, Lucain, Stace, Juvénal, Perse, Martial, Ovide. Il s'agit surtout d'auteurs latins, en grande partie en raison des relations avec Byzance qui sont très distendues.

Art du manuscrit

Littérature

La littérature du Moyen Âge faisait un usage très fréquent de l'allégorie. Le premier auteur à avoir employé l'écriture allégorique fut Prudence au . Il eut une influence en littérature pendant tout le Moyen Âge. Le genre de l'amour courtois se développa dès le . D'autres genres eurent une grande popularité (chansons de geste, littérature de voyage,...).

Folklore

A côté de la philosophie et de la religion, la tradition populaire véhicula aussi une culture éminemment riche de récits, de croyances, de coutumes, de mœurs, de légendes, de contes, de musiques, de danses, de jeux, d'habitude de vie... Dont la compréhension est parfois difficilement appréciable à l’heure actuelle. Citons, à titre d’exemple, la faune fantastique qui parcourait les croyances médiévales, telle que le dragon ou la sirène.

Sports et Jeux

La plupart des sports étaient violents, le sport ayant valeur d'école pour le combat. On attendait des garçons qu'ils puissent tirer à l'arc. Les sports préférés des rois et nobles étaient les chasses et tournois. Le peuple se contentait des combats de coqs et des traques d'ours. On aimait aussi les jeux d'équipe. En telle circonstance, un village entier pouvait parfois participer (comme la soule). Il y avait des règles et des arbitres, et certains jeux ressemblaient souvent à une émeute. On finit d'ailleurs par les interdire légalement.

Progrès techniques

Guerre

Échanges avec la civilisation islamique

Premiers contacts

À l'époque de Charlemagne eurent lieu les premiers contacts avec les peuples de confession musulmane : essentiellement par les guerres dans les marches d'Espagne.

À partir des premières décennies du , et jusque dans le courant du , l'empire carolingien fut attaqué et envahi de trois côtés :

Lorsque les abbayes furent pillées, ce le fut par les Vikings. Cependant, les hommes de l'époque de Charlemagne ne faisaient pas la différence entre les Sarrasins (qui provenaient de la civilisation musulmane alors en pleine expansion), et les autres peuples envahisseurs. Tous étaient considérés comme « païens » (plutôt péjoratif), ou même « infidèles ».

À partir de la fondation de Cluny (909 ou 910) et jusqu'en 950 environ, la situation se rétablit dans les monastères où la vie monastique se restructura progressivement grâce à la Règle de saint Benoît remise à jour par Benoît d'Aniane.

Essor catalan

Al-Andalus qui fut un havre de tolérance et de culture se transforme avec l'avènement d'Al-Mansur. Le nouveau Calife de Cordoue brille en effet par sa violence et son intolérance religieuse. De nombreux Juifs et Mozarabes fuient l'andalousie vers les états de la marche espagnole. Un afflux de connaissances scientifique et techniques arrive en Catalogne dont les monastères renferment encore des œuvres antiques conservées depuis le royaume Wisigoth.

En 985, Al-Mansur, le calife de Cordoue, situé au sud de l'Espagne, attaque et pille Barcelone, emmenant avec lui de nombreux esclaves. Le comte Borell II demande de l'aide à son suzerain Hugues Capet. Ce dernier ne daignant pas lui répondre, le comte prend une indépendance de fait. Paradoxalement, cet événement marque le début d'une phase de développement de la Catalogne qui entraîne les autres États de la marche espagnole. Le comte réorganise la défense du pays mais doit traiter dans un premier temps avec Al-Mansur: de nombreux catalans s'enrôlent comme mercenaires du calife. Revenus en Catalogne, ils utilisent les techniques agricoles connues dans le califat de Cordoue (les colons sarazzins s'y étant établis étaient des paysans ces techniques sont particulièrement développées) et réinjectent leur solde dans l'économie. Ils construisent des moulins, irriguent la terre. Les échanges commerciaux avec le califat et le monde méditerranéen augmentent rapidement. Il en résulte une poussée démographique et technique dès la fin du . La poussée monastique et le développement du Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, va permettre la transmission de cette poussée technique aux autres États de la marche espagnole, puis au reste de l'Europe, avant le début des croisades. C'est surtout par l'Espagne que la culture arabe pénètre en Occident et essentiellement par la Catalogne[3].

An mil : Gerbert d'Aurillac

On a vu que Gerbert d'Aurillac, futur Sylvestre II (pape de l'an mille) avait une culture exceptionnelle pour son époque. Il était non seulement mathématicien, mais avait une grande connaissance des auteurs antiques.

Gerbert d'Aurillac tenait cette connaissance en grande partie des contacts qu'il eut en Espagne, en Catalogne. Il apprit ainsi l'existence des travaux de grands savants musulmans (Al-Khuwarizmi...).

Gerbert d'Aurillac fut le premier à introduire les œuvres d'Aristote en occident. Comme écolâtre d'école de Reims, il réintroduisit les arts libéraux, et particulièrement le quadrivium, qui n'était presque plus enseigné dans les monastères.

Contacts par les croisades

L'expansion musulmane conduisit certains peuples rattachés à l'islam à conquérir Jérusalem. Les Lieux saints du christianisme, qui faisaient partie de longue date de l'espace chrétien (l'empire romain d'Orient à partir de Théodose, puis l'empire byzantin), ne sont alors plus accessibles facilement aux pélerins occidentaux. Quelque temps après l'invasion, les pélerins peuvent encore accéder à la ville sainte, puis vient une époque où cet accès est interdit.

Les autorités religieuses débattent de l'attitude à adopter, et finalement, pour des raisons que l'on ne connaît pas bien, le pape Urbain II, lors du concile tenu à Clermont en novembre 1095 lance un appel à la "croisade" en Terre sainte pour combattre les infidèles. La première croisade se déroule de 1096 à 1099. Jérusalem est prise par les croisés en 1099 dans des conditions atroces.

Une deuxième croisade a lieu de 1147 à 1149, à l'instigation de Bernard de Clairvaux qui prêche à Vézelay. Il faut noter l'attitude de tolérance de François d'Assise, qui intervient pacifiquement lors d'un conflit entre les croisés et les musulmans. Ces premiers contacts ont commencé à faire prendre conscience de l'existence de la science musulmane. On commença d'utiliser les connaissances musulmanes en médecine pour soigner les blessés.

Découverte des sciences musulmanes - (XIe-XIIe siècles)

Sur l'astronomie spécifiquement : Moyen Âge : l'héritage grec développé et transmis par l'Islam à l'occident

Progressivement, le champ d'intérêt ira croissant. L'Occident va découvrir la philosophie et la science musulmane. Les auteurs grecs, viendront dans une deuxième phase avec Aristote et d'autres auteurs.

Ces échanges se font aux points de contacts entre les deux civilisations : Égypte, Syrie, Espagne (Andalousie), Sicile.

Les savants musulmans les plus marquants sont Al-Farabi (philosophe turc, 872-950), Avicenne (Ibn Sina, 980-1037), et Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198). Les savants juifs jouent aussi un très grand rôle dans ces échanges, il faut citer le médecin Maïmonide.

Sur la science musulmane :

Sciences et philosophie grecques

C'est aussi grâce aux contacts avec la civilisation islamique que l'on redécouvrit vraiment la philosophie et les sciences grecques, notamment Aristote, mais aussi d'autres auteurs, soit des philosophes, soit des scientifiques, que la civilisation musulmane s'était appropriée (avec les connaissances issues de l'Inde et de Babylone) avant de développer son propre savoir.

Les première traductions concernèrent des traités scientifiques d'Al-Khwarizmi et furent effectuées par deux Anglais : Adélard de Bath traduisit les tables astronomiques (1120), et Robert de Chester les traités d'arithmétique et d'algèbre fruste (1145). Gérard de Crémone traduit en latin le Canon de la médecine d'Avicenne.

La vision que l'on avait de la philosophie grecque (via saint Augustin) était encore très platonicienne et incomplète. En effet, les contacts directs avec l'Orient étaient peu développés depuis le Grand Schisme d'Orient (1054). à partir de 1140 environ, un atelier à Tolède et des équipes d'italo-grecs traduisirent aussi des ouvrages directement de l'arabe. Cela se produisit en Sicile (Palerme), à Venise, à Rome, et à Pise. Cela concerna des œuvres d'auteurs grecs : la philosophie de Platon, Galien et Hippocrate en médecine, ainsi que des auteurs orientaux comme Grégoire de Nysse, Saint Jean Chrysostome et Jean Damascène. En philosophie, cela concerne notamment tout lOrganon, puis la Physique d'Aristote ; en géométrie, les travaux d'Euclide, et en géographie et cartographie, l'œuvre de Ptomélée, celle d'Almageste, en particulier en ce qui concerne le planisphère, mais aussi l'optique.

Les principaux traducteurs furent Gérard de CrémoneTolède), Alphanus de Salerne, Henri AristippeCatane), Burgondio de Pise, au et Guillaume de Moerbeke au .

Puis, à partir de 1085, on traduisit directement du grec en latin.

Les deux grands savants musulmans que sont Avicenne (Ibn Sina, 980-1037), et Averroès, ont beaucoup apporté sur ce point à la civilisation occidentale, ainsi que Maïmonide, dont Thomas d'Aquin s'est fortement inspiré quelques décennies plus tard. En fait, tous les occidentaux n'acceptèrent pas facilement cette philosophie : Bernard de Clairvaux eut des accrochages avec Averroès.

Ce fut Albert le Grand, au , qui introduisit les œuvres d'Aristote dans les universités européennes. Les grands principes de cette philosophie sont alors struturés en plusieurs grandes branches, notamment : la logique (Organon), la métaphysique et l'éthique (éthique à Nicomaque).

Thomas d'Aquin, élève d'Albert le Grand, fit une synthèse des textes du christianisme et de la philosophie d'Aristote dans la somme théologique, qui constitue l'une des bases de la théologie chrétienne, encore de nos jours. Les enseignements de cette philosophie furent donnés dans l'école scolastique à partir du . Les nouvelles sciences ainsi acquises prirent place à côté des sept arts libéraux. La rhétorique, dans le trivium, conserva une place importante.

Conséquences

On notera que l'école scolastique sous la forme qu'elle avait au , eut du mal, dans les siècles suivants (au notamment, avec l'affaire Galilée) à se renouveler. En effet, Aristote () adoptait une représentation géocentrique de l'Univers, comme Ptolémée au . À partir du , Descartes combattit la philosophie scolastique, probablement parce qu'elle retenait la théorie du géocentrisme via Aristote.

Pour cette raison encore, la philosophie d'Aristote, avec la métaphysique, fut décriée jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Le géocentrisme n'est pourtant qu'une petite partie du système philosophique d'Aristote.

Voir aussi

Liens internes


Histoire médiévale par aire géographique

Musées et collections du Moyen Âge

Hauts lieux du Moyen Âge

Liens externes

Bibliographie

*

Citations